Le candidat Emmanuel Macron proposait en mars 2017, en pleine campagne présidentielle, le rétablissement d’un « service militaire » obligatoire d’une durée d’un mois pour tous les jeunes. Le lien avec l’Armée semble aujourd’hui mis de côté. Etat des lieux de cette promesse plus d’un an après.

Jean-Jacques Bridey, Président de la Commission de la Défense nationale et des Forces armées de l’Assemblée Nationale. Photographie : Magdalena Neubig.

« Il devrait y avoir une expérimentation qui commencerait le 1er janvier 2019. » D’après Jean-Jacques Bridey, Président de la Commission de la Défense nationale et des Forces armées de l’Assemblée Nationale, une partie des 800.000 jeunes d’une même classe d’âge devraient dès l‘hiver prochain prendre part au nouveau « service national universel » (SNU).

L’idée initiale d’Emmanuel Macron a évolué depuis son discours de mars 2017 à l’hôtel des Arts et Métiers à Paris. Emmanuel Macron a d’abord souhaité que le SNU soit obligatoire et d’une durée d’un mois en mars 2017, avant de déclarer le 13 février 2018 qu’il serait obligatoire et durerait « entre trois et six mois ». Seuls les objectifs semblent avoir résisté à son élection : faire l’expérience de la mixité sociale et de la cohésion républicaine pour les jeunes Français.

Discours d’Emmanuel Macron sur la politique de Défense du 18 mars 2017 à l’hôtel des Arts et Métiers à Paris. Source : chaîne YouTube La République En Marche !

Un parcours citoyen en trois étapes

Cette annonce a précédé de peu un rapport parlementaire de la Commission de la Défense nationale et des Forces armées, publié le 14 février 2018, par les députées Marianne Dubois (Les Républicains) et Emilie Guerel (La République en Marche). Le rapport – « adopté à l’unanimité par les membres de la commission » précise Jean-Jacques Bridey – préconise un « parcours citoyen » pour les jeunes de 11 à 25 ans en trois étapes. Pour lui, le SNU doit enrichir la cohésion sociale du pays, contre « l’individualisme actuellement privilégié par les Français ».

Pour Chloé Ligneau, étudiante en classe préparatoire aux grandes écoles, il faut inscrire ce dispositif dans le parcours scolaire et redonner un rôle important à l’école dans le parcours citoyen.

Jean Guisnel, journaliste spécialiste des questions militaires. Photographie : Magdalena Neubig.

« Les inégalités sociales ne seront pas réglées par le service national universel » estime Jean Guisnel, journaliste spécialiste des questions militaires. Il souligne les ambitions nobles d’Emmanuel Macron à vouloir pousser le pays, tout en précisant que son projet est irréalisable sans une augmentation de 15  à 20 % du budget de la Défense. Dans son discours de mars 2017, Emmanuel Macron évoquait entre autre le combat contre l’illettrisme par le SNU. Le journaliste considère que c’est une question qui concerne l’Education Nationale et qu’il faudrait mieux appuyer l’école dans la lutte contre les inégalités sociales.

« Il faut d’abord régler les problèmes liés à l’Education Nationale, à la religion, à la place des femmes. Il y a plein de choses qu’on peut faire sans le SNU. »
Jean Guisnel

L’obligation, une impulsion à l’engagement ?

Quid du côté obligatoire ? Jean-Jacques Bridey préfère le verbe « inciter » pour la troisième et dernière étape prévue par le rapport : « Il faut regarder ce qu’on met derrière le mot ‘obligatoire’. On veut faire de ce service national universel le départ d’une conscience citoyenne. La troisième phase n’est plus dans l’obligatoire. On cherche à inciter les jeunes à s’engager pour une cause qu’ils veulent eux. » Marion Chrétien, déléguée territoriale Paris Sud à l’AFEV (Association de la fondation étudiante pour la ville), met cependant en garde sur le fait que les jeunes soient là « pour être là, et non pas pour s’engager. » Avant de nuancer ses propos : « Cela peut cependant être une impulsion pour que les jeunes continuent à s’engager. » Dorine Deguyenne a été lycéenne au Prytanée National Militaire à la Flèche (Sarthe). Elle partage cet avis : « Le caractère obligatoire a ses bons et ses mauvais côtés. Je suis persuadée que beaucoup de jeunes sont assez perdus et qu’une telle expérience leur ferait beaucoup de bien. Cependant, imposer quelque chose à quelqu’un est toujours risqué. »

« Il faut que les mentalités changent »

Marion Chrétien, déléguée territoriale Paris Sud à l’AFEV. Photographie : Magdalena Neubig.

Toutes les personnes interrogées sont d’accord sur un point : l’engagement est aujourd’hui trop peu valorisé dans la société. Marion Chrétien (AFEV) explique que dans l’imaginaire de la société « s’engager est un risque et peut être pénalisé. Le service civique est, lui, souvent assimilé à des vacances. » Même si elle reconnaît que cela évolue, et que les universités notamment mènent une réflexion en interne, il y a trop peu de communication sur l’engagement. « Il faut permettre l’engagement volontaire en le faisant connaître. » Le Président de la Commission de la Défense nationale et des Forces armées Jean-Jacques Bridey fait le même constat : « Le mouvement associatif n’est pas reconnu à sa juste valeur. Il faut que le bénévolat, l’engagement, l’implication soient valorisés. Que l’engagement soit reconnu. »

Si les contours du projet restent à ce jour encore flous, « c’est un projet important pour les jeunes et pour la société. Il se fera. » Jean-Jacques Bridey en est sûr. « Mais on ne peut pas se rater. »


Evolution du service militaire en France depuis 1905